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lunedì 4 gennaio 2016

Exclusif : abdessalem bouchouareb dit tout sur l’ambition industrielle de l’algérie « Nous fabriquons déjà le futur »



P151227-14.jpgCouacs supposés du gouvernement, oligarchie, bradage des grandes entreprises publiques, stratégie ou léthargie de la politique de développement, autant de questions qui se posent ou qui s’imposent à l’opinion publique.
Autant de thèmes que Abdessalem Bouchouareb aborde sans faux-fuyant. Car il veut «expliquer» et il entend clarifier les sujets de telle manière que le citoyen soit éclairé sur l’ensemble des enjeux qui empoisonnent, depuis des mois, le débat politique. D’abord, à quoi sert la foire d’empoigne actuelle? «Toute cette agitation autour de la LF 2016 n’est pour moi qu’une entreprise de déstabilisation de l’équipe gouvernementale à laquelle j’appartiens», affirme-t-il, dans un message à peine feutré à l’adresse de ceux qui lui prêtent la tentation de faire cavalier seul.
L’homme est conscient des défis car il a mûri dans les arcanes parlementaires où tout n’est pas complètement rose ni complètement noir. «La société et le gouvernement sont en mouvement et veulent sortir de ce tête-à-tête avec la rente. En face, j’ai l’impression d’écouter des mentalités définitivement fossilisées… Réformer dérange beaucoup d’intérêts et provoque des résistances au changement», explique Bouchouareb à un moment où tous les appétits sont braqués sur un secteur en mutation profonde où, dit-on, à tort ou à raison, qui sait, il y aurait beaucoup à prendre. «Faux», rétorque-t-il, à plusieurs reprises et de développer méthodiquement tout son argumentaire sur la «nouvelle configuration des grands groupes industriels capables de synergies».
Tout pour le véritable partenariat industriel, axé non sur la privatisation mais sur la création de ces groupes structurants, capables d’impacter la naissance de PME et PMI dont le pays a grand besoin. «Nous avons mis tous les moyens à la disposition des nouveaux groupes, à commencer par les plans de développement, l’alignement de la rémunération des managers, la dépénalisation de l’acte de gestion et l’indépendance de décision vis-à-vis de la tutelle. Nous les avons libérés aussi du Code des marchés publics. Nous attendons en retour des performances et de la compétitivité», rappelle-t-il avant de conclure sur une mise en garde quant à son «exigence et même son intransigeance avec les gestionnaires».
A quelques jours de la fin de l’année, la loi de finances 2016 suscite toujours des réactions divergentes. Que pensez-vous de toute cette polémique?
Avant d’être ministre de l’Industrie et des Mines, j’étais un parlementaire qui a siégé à l’Assemblée nationale pendant deux législatures et je l’étais près de la moitié du mandat de cette même législature. J’ai beaucoup de respect pour mes amis députés, y compris ceux qui ne partagent pas mes convictions. J’ai aussi été membre de différentes commissions et, je peux en témoigner, les débats, contrairement à ce que l’on peut présumer du travail législatif, ont toujours été de la même intensité.
Cependant, la souveraineté revient in fine à la plénière. Je suis un démocrate, républicain respectueux des décisions souveraines des institutions et une fois un texte voté par les deux chambres, je me fais un devoir de le respecter. Le gouvernement a soumis son projet, les ministres, chacun en ce qui le concerne, l’ont défendu en commission, les députés ont débattu et le vote a tranché. Je comprends que l’on ne puisse pas imposer son avis, mais c’est la règle dans toutes les démocraties. Que l’opposition adosse un texte de la majorité, cela m’aurait, par contre, étonné. Donc, je pense trêve de polémique.
Mais cette LF 2016 a tout de même été qualifiée d’antinationale, d’anticonstitutionnelle et de recul sur les acquis sociaux. Certains ont même dit que ce n’était pas tout à fait le même texte qui a été présenté en Conseil des ministres…
Puisque vous m’y emmenez, je vais vous répondre avec beaucoup de sincérité. J’ai entendu comme vous toutes ces déclarations, parfois ces accusations gravissimes allant jusqu’à douter du patriotisme des ministres et des cadres de la nation. Nous avons vu aussi des alliances contre nature se former. Chacun est libre, mais il faut savoir raison garder. Sous la conduite du Premier ministre, nous avons pour orientation d’éviter d’entrer et d’alimenter des polémiques inutiles et de rester concentrés sur le Plan d’action du gouvernement inspiré du programme électoral du président de la République.
Article 66: «Tout est prétexte pour s’attaquer au gouvernement»
Par contre, je pense qu’il faut arrêter de donner des leçons de morale pour en donner peut-être à ceux qui doivent proposer un contre-projet. Je ne vois pas de contre-propositions, sinon des attaques gratuites qui tentent de démoraliser les citoyens. S’ils pouvaient éviter au moins de se parasiter, de se polluer les uns les autres, ce serait déjà pas mal. Sur le plan économique plus particulièrement, je n’entends aucune réponse crédible de l’opposition aux Algériens.
Toute cette agitation autour de la LF 2016 n’est pour moi qu’une entreprise de déstabilisation de l’équipe gouvernementale à laquelle j’appartiens et qui démontre tout au long de ces derniers mois sa force, sa solidarité, sa détermination et sa capacité à briser les reins de l’immobilisme et à réformer l’Algérie pour en faire un pays émergent. La société et le gouvernement sont en mouvement et veulent sortir de ce tête-à-tête avec la rente. En face, j’ai l’impression d’écouter des mentalités définitivement fossilisées avec des recettes qui tournent en rond. Réformer dérange beaucoup d’intérêts et provoque naturellement des résistances au changement.
C’est quand même pathétique de descendre à ce niveau. Lorsque j’entends que les textes changent en cheminant vers l’APN, j’ai envie d’inviter ces mêmes gens à relire le communiqué final de la Présidence diffusé quelques minutes après le Conseil des ministres du 6 octobre 2015. Ce communiqué répond à toutes les questions sur la LF 2016, la vérité de la conjoncture, la lutte contre le gaspillage, la corruption, l’Accord d’association avec l’UE, le Code des investissements, le droit de préemption…
Qu’est-ce que cela signifie de demander au président de ne pas signer la LF 2016? C’est de l’aventurisme aveugle et une tentative de bloquer le pays. Ne pas signer un budget, veut dire simplement qu’au 1er janvier 2016, les fonctionnaires ne percevraient pas leurs salaires, les investissements publics et les subventions seraient à l’arrêt. La stabilité nous a déjà coûté cher. Les Algériens ne sont pas prêts à payer une nouvelle facture. Je leur dis l’Algérie ne sera pas bloquée.
Mais il y a quand même un recul sur le niveau social…
Faux. La loi de finances 2016 est pour moi un budget normal qui intervient, effectivement, dans un contexte particulier. Mais c’est d’abord, le budget des engagements pris, c’est aussi le budget des engagements tenus.
Même sur le fond, les arguments ne tiennent pas. C’est un budget de 4500 milliards DA. Prenons l’exemple du volet social. Les transferts sociaux à partir du budget de l’Etat croissent en 2016 à 1840,5 milliards DA, représentant 9,8% du PIB et une évolution de 7,5% par rapport à 2015, soit quasiment le double du taux d’inflation. Comparé à 2015, les transferts sociaux augmentent dans le budget de l’Etat de 19,9 à 23,1%. Les transferts sociaux sont tout ce qui est lié aux soutiens à l’habitat, à l’éducation, à la santé publique et aux familles comme les subventions des prix des produits de base à l’instar des céréales, du lait, du sucre et de l’huile. Ceci pour les soutiens budgétisés. Il y a aussi des subventions indirectes de l’ordre de 1500 milliards de DA. Je vous cite trois exemples édifiants: l’Etat déboursera en 2016 plus de 630 milliards DA, soit plus de 6 milliards USD,pour le différentiel entre les prix réels des carburants y compris les quantités importées et le prix de leur cession; plus de 750 milliards DA pour le différentiel entre le prix réel du gaz naturel et son prix aux consommateurs; enfin ce sont 154 milliards DA de subvention d’équilibre à la société Sonelgaz. Les salaires sont garantis et les primes ne sont pas gelées. Voilà la vérité. Je m’interroge, où est le renoncement au principe de justice sociale? Lors du dernier Conseil des ministres, le président Abdelaziz Bouteflika a souligné qu’en dépit de la chute de près de 50% des revenus tirés des hydrocarbures, l’Algérie continuera de consacrer près de 40% de ses dépenses à l’investissement public et plus de 20% de son budget au développement humain et au bien-être des familles. Cela n’interdit pas en même temps de poursuivre les moyens de l’efficacité budgétaire pour lutter contre le gaspillage. C’est là une autre orientation du président de la République car il y va de la pérennité de notre modèle social.
Vous parlez d’une volonté de réformer, mais nombre de vos partenaires sociaux estiment qu’il n’y a pas de grandes réformes économiques dans cette LF 2016? Ne sommes-nous pas en retard dans les réformes économiques?
Ce n’est pas ce que j’entends de mon côté. Les lois de finances initiale et complémentaire pour 2015 et celle de 2016 s’inscrivent dans la même trajectoire visant à accroître durablement la croissance et à l’enrichir en investissements et en emplois. Nous avons commencé par définir les secteurs prioritaires dès la LF 2015 et à inscrire pour la première fois de l’histoire des avantages spécifiques à l’industrie avant de valider des mesures d’encouragement dans le cadre de la démarche d’import-substitution. Nous avons pris à bras-le-corps le problème du foncier industriel, par exemple. Dans la LFC 2015, suite à l’évaluation du Calpiref, nous avons introduit un nouveau mécanisme d’affectation en cohérence avec notre ambition industrielle.
«Plus vite on ira, mieux on s’en sortira»
Dans la LF 2016, une révolution et je pèse mes mots, est faite en ouvrant le droit de la promotion industrielle aux privés pour aménager et gérer des zones industrielles sur des terrains qui leur appartiennent. Nous construisons progressivement un marché du foncier industriel. A partir de juin 2016, nous ne parlerons plus de ce problème. A court terme, ces mesures sont en train de produire un formidable effet de confiance que nous allons confirmer en continuant à réformer. C’est comme ça que nous fabriquons l’avenir. Maintenant, il faut dissocier les réformes dites structurelles des mesures opérationnelles. La politique économique ne se conduit pas qu’avec la loi de finances. Il y a de grandes réformes qui aboutiront en 2016 comme la nouvelle loi sur la normalisation, le nouveau Code des investissements ou la loi d’orientation sur les PME.
Les réformes structurelles joueront pleinement à un horizon de 2 à 4 ans. Mais pour accélérer leurs effets, il est tout à fait normal de les accompagner de mesures conjoncturelles de soutien à l’investissement comme celles contenues dans la LF 2016.
Maintenant sur le deuxième volet de votre question relative au rythme des réformes économiques, je ne suis pas de ceux qui affectionnent le principe de «mieux vaut tard que jamais». Plus vite on ira, mieux on s’en sortira. Sur les réformes, nous nous attendions à toutes formes de résistance. Vous savez, l’entreprise m’a appris que l’opportunité ratée tenait en deux mots: trop tard. Je dis que le moment est venu pour réformer en profondeur. Plus tard, ça sera trop tard.
L’article 66 a remis au-devant du débat la question de la privatisation des EPE. Pourquoi cet article? En ce moment? Et y aurait-il une volonté de privatiser toutes les entreprises?
C’est un autre épouvantail qu’on a voulu agiter pour créer un climat de doute, pour ne pas dire d’instabilité. Ils ne se sont même pas rendu compte qu’il s’agissait d’une simple transposition de l’article 62 qu’ils avaient applaudi des deux mains dans la LFC 2009. Jusqu’à la date de publication de la LFC 2009, l’ouverture du capital des EPE était régie par l’ordonnance n° 2001-04 du 20 août 2001 relative à l’organisation, la gestion et la privatisation des entreprises publiques économiques. Cette ordonnance prévoyait la possibilité de cession totale des EPE tout aussi bien au profit des étrangers que des nationaux.
En dépit de la disposition prévoyant la fixation, par un cahier des charges particulières, des droits et obligations du cédant et de l’acquéreur, ce dispositif pêchait par l’absence de mécanismes permettant au cédant de contraindre le cessionnaire à respecter les obligations souscrites, notamment celles ayant trait à l’obligation d’investissement, de maintien de l’activité et de conservation des effectifs. Cette lacune a été corrigée par la LFC 2009 qui a supprimé la cession totale des EPE. La fraction du capital à conserver par le cédant au national résident ne peut être inférieure à 34% avec possibilité, dans ce dernier cas exclusivement, de cession, décidée par le CPE présidé par le Premier ministre, de cette participation minoritaire à l’issue d’un délai de 5 ans après assurance du respect des obligations mises à sa charge par le contrat de cession.
Ce sont ces modalités d’ouverture du capital des EPE à l’actionnariat national résident qui ont été transposées du Code des investissements vers la LF 2016. Encore mieux, cette transposition élimine de fait la notion de l’investissement de privatisation car avant, faut-il aussi le rappeler, l’acquéreur d’une EPE pouvait prétendre à des avantages du Code des investissements. La loi algérienne ne parle plus de privatisation, mais d’ouverture de capital. Il faut à un moment arriver à comprendre qu’indépendamment du détenteur du capital, l’important c’est la valeur ajoutée créée.
L’opposition vous suspecte de tout privatiser et beaucoup d’experts reconnus disent que l’action que vous menez sur la Snvi et El Hadjar relève plus du cosmétique politicien que du pragmatisme économique. N’y a-t-il pas un peu des deux dans votre démarche au risque de trébucher?
Il y a beaucoup de choses dans votre question: la privatisation, la Snvi et El Hadjar. D’abord, commençons par éliminer le vocable de privatisation puisqu’il n’existe plus dans notre législation. Nous n’avons pas fait d’ouverture de capital depuis 2009.
Je n’en ai pas fait depuis que je suis en fonction. Nous venons, en février dernier, de mettre sur pied une nouvelle configuration du secteur public à travers de grands groupes industriels capables de synergies et de structurer des filières industrielles et d’effectuer des remontées dans la chaîne de création de la valeur, mais aussi d’aller prospecter de vrais partenariats industriels. Par contre, il faut savoir que 90% des EPE sont en réalité des PME, parfois une EPE se résumait à un atelier, dont le chiffre d’affaires de la meilleure d’entre elles ne dépasse pas les 2 milliards DA. Certaines sont en situation délicate, d’autres disposent d’un marché, mais ne sont plus bancables et d’autres se portent mieux. Chaque EPE est un cas à part. Chaque EPE dispose de ses propres atouts pour aller vers des partenariats industriels.
«Un dizaine de pôles industriels inaugurés en 2015»
L’article 66 est là pour aider l’entreprise publique à mieux s’intégrer à la concurrence globale. Pour moi, le projet industriel et technologique bénéficie de la primauté et l’ouverture du capital, à l’inverse des premières privatisations, n’est pas une fin en soi. En tant que premier responsable du secteur, j’ai d’abord le devoir de ne laisser aucun travailleur en bord de route.
Vous semblez critique à l’égard des privatisations d’avant 2009. Est-ce un échec pour vous?
J’étais simple observateur du processus, je ne sais pas dans quelles conditions et quel contexte se sont-elles faites. Ce n’est pas tout à fait blanc ni totalement noir. Ce qui est sûr, j’ai demandé un bilan exhaustif de toutes les privatisations. C’est un travail fastidieux en cours qui a coïncidé avec la restructuration du secteur public marchand. Nous en dévoilerons les conclusions en temps voulu et croyez-moi je n’hésiterai pas à mettre chaque repreneur devant ses responsabilités. Il y a des engagements souscrits et nous devons introduire cette culture de la redevabilité.
Pourtant, nous avons l’impression que le secteur public est toujours à la traîne?
Détrompez-vous. Au premier semestre, le secteur public industriel a enregistré une croissance de 5,7% et le secteur minier 5,9%. Il peut faire encore mieux car nous avons mis tous les moyens à la disposition des nouveaux groupes, à commencer par les plans de développement, l’alignement de la rémunération des managers, la dépénalisation de l’acte de gestion et l’indépendance de décision vis-à-vis de la tutelle. Nous les avons libérés aussi du Code des marchés publics. Nous attendons en retour des performances et de la compétitivité. Que ce soit à la Snvi, à El-Hadjar ou toute autre entreprise, je serai à la fois exigeant et intransigeant avec les gestionnaires.
Vous tenez un langage de liberté d’entreprendre et en même temps il y a eu la renationalisation d’El Hadjar. N’est-ce pas contradictoire?
Tout comme la privatisation, le terme nationalisation n’existe plus. La nationalisation c’est lorsque l’Etat a une volonté d’instaurer un monopole dans un secteur donné. A ce que je sache la sidérurgie est une activité ouverte aux privés comme Tozyali à Oran. L’Etat n’a aucune intention de réinstaller un quelconque monopole.
J’ai lu beaucoup de choses sur cette reprise d’El Hadjar qui est dans les faits une simple opération entre deux actionnaires.
Mais je n’ai rien lu sur ceux-là même qui importent pour environ 7 milliards USD/an de produits sidérurgiques et mettent à terre l’outil de production national. Voilà le vrai enjeu. La seule règle pour moi est l’opportunité économique. Je viens du monde de l’entreprise et j’agis en fonction de mes intérêts, de ma stratégie. Dans mon ambition industrielle, la filière sidérurgie et métallurgie est à la fois stratégique, structurante et prioritaire. Sur ces questions, il faut être très pragmatique et pratique. Le maintien d’ArcelorMittal dans une structure où les financements de la société étaient assurés par un seul actionnaire n’était pas justifié car il allait profiter dans quelques années du retour sur les investissements consentis et son retrait deviendrait plus difficile avec le redémarrage de l’activité.
Le pacte de 2013 prévoit, par exemple, dès que l’excédent brut d’exploitation (EBE) deviendrait positif, la sortie d’ArcelorMittal serait payante par la partie algérienne et qui s’élèverait à près de 100 millions US$.
Le maintien dans le capital social d’AMA d’un actionnaire totalement «déresponsabilisé» et dormant, c’est-à-dire n’assumant rien et attendant d’éventuels bénéfices, n’a aucun sens et relève d’une situation incongrue. Par contre, le retrait d’ArcelorMittal permettrait d’homogénéiser l’actionnariat et de fluidifier la prise de décision.
De fin 2001 à fin 2008, ArcelorMittal était actionnaire majoritaire au-delà des 2/3 (70%) et la partie algérienne n’avait même pas la minorité de blocage. Cette structure de l’actionnariat permettait à ArcelorMittal d’avoir les coudées franches car il était doublement rémunéré: par le biais des dividendes et à travers les nombreuses transactions commerciales entre AMA et ses filiales à l’étranger. De 2009 à fin 2013 c’est une période où les prix de l’acier ont connu une baisse drastique, en raison de la crise mondiale. Le Groupe ArcelorMittal est devenu vulnérable et a fermé plusieurs sites industriels dans le monde. Il considère que le complexe nécessite un programme d’investissement et la mise en place d’un plan de sauvetage par la réduction des charges fixes.
ArcelorMittal ne pouvait mobiliser des crédits à l’externe par le fait des dernières dispositions en la matière d’où la montée en capital de la partie algérienne qui passe de 30 à 51%; ce qui a permis la mise en place d’un programme d’investissement de 720 millions US$, financé par la BEA(dont 120 apportés par les actionnaires) et ce, à compter du 1er janvier 2014. Ceux qui disent qu’ArcelorMittal n’a rien dépensé se trompent. Sur les 120 millions USD, il a mis 80 millions USD qu’il n’a pas récupérés. Ce sont des crédits négociés avec les banques donc des financements entièrement économiques. De 2014 à fin février 2015, ArcelorMittal était dans une situation très confortable puisqu’il se retrouve minoritaire (49%), mais investi de tous les pouvoirs de gestion, dans une société renflouée par des crédits publics.
Pour les pouvoirs publics, l’enjeu était de poursuivre la réhabilitation des installations industrielles déjà engagée et de sauvegarder l’activité et les emplois qui vont avec. Ce sont près de 30.000 emplois directs et indirects qui vivent de cette plate-forme. Nous avons pris nos responsabilités. Dès le mois de mars 2016, le haut-fourneau reprendra du service et nous pouvons atteindre très vite le 1,2 million de tonnes/an et une année après les 2,2 millions de tonnes/an. Avec la réception de Bellara et l’extension de Tosyali et les aciéries en projet nous seront autour de 9 millions de tonnes/an à l’horizon 2019-2020, largement autosuffisant en rond à béton et fil de fer et même exportateur. Nous devons par contre aller vers les aciers spéciaux et les profilés pour les industries comme celle de l’automobile qui parviendra à la même échéance à un taux d’intégration significatif incluant l’emboutissage de tôle.
Justement, ces derniers mois, il y a une dynamique de l’industrie automobile. Pourquoi ce réveil tardif?
Je trouve réducteur de ne parler que de l’automobile aujourd’hui, même si l’automobile reste un secteur structurant dans cette politique de la mécanique. La base mécanique que nous avons mise en place est très riche et variée sur le territoire national. Les complexes de Tiaret, Oued Tlélat, Rouiba, Constantine, Aïn S’mara…tout cela c’est la voiture mais c’est aussi la moissonneuse-batteuse, le tracteur, le camion, le bus, les engins tout-terrain avec une politique d’intégration très importante. De manière globale et hors automobile, nous sommes à plus de 40%. Nous avons un objectif d’atteindre dans certains segments les 65 à 70%. Nous sommes en phase de lancement des moteurs en commençant par 25.000 moteurs. Nous modernisons les fonderies à Rouiba et Constantine pour fournir les brutes de fonderies. En conclusion, le secteur de la mécanique est en train de revenir en force. Nous avons des partenaires de renommée comme Mercedes Benz, Deutz, ZF, Liebehrr, Sampo, Massey Fergusson…
Industrie automobile: «J’ai exigé de nos partenaires plus d’intégration»
Maintenant, l’automobile est une industrie naissante. Elle est importante parce que la voiture est un élément structurant dans le développement de la mécanique de manière générale. Aujourd’hui, nous allons vers plus d’intégration, en tout cas c’est ce que j’ai exigé des partenaires. La voie de l’intégration doit être aujourd’hui au coeur de notre relation. Nous avons Renault qui active déjà, Peugeot bientôt suivi de Fiat, Iveco. Le japonais Nissan arrive, le coréen Hyundai pour le montage de camion à Batna est très avancé. Il y a un constructeur soutenu par l’Etat chinois qui vient. Récemment aux Etats-Unis, j’ai discuté avec les dirigeants de Ford et de General Motors. J’ai récemment eu l’ambassadeur d’Allemagne qui m’a parlé d’un intérêt de Volkswagen sous une forme qui reste encore à définir. Globalement, les choses évoluent dans le bon sens.
Notre objectif d’ici deux ans est d’atteindre les 200.000 unités. Développer l’industrie automobile et la mener vers l’excellence ne peut se faire sans un ancrage profond de la filière et un élargissement des domaines de compétences. Nous travaillons à construire une filière complète en termes de métiers et de prestations afin de permettre aux constructeurs, équipementiers et sous-traitants un niveau de compétitivité élevé pour partir à la conquête de nouveaux marchés à l’international. Nos deux orientations c’est l’intégration et l’export.
Le Maroc semble avoir pris de l’avance?
Nous ne sommes pas en concurrence avec notre voisin de l’Ouest. Sur le continent africain, les constructeurs s’intéressent aussi à l’Afrique du Sud et au Nigeria. Avec le pays que vous citez, nous sommes sur deux stratégies totalement différentes. Lui, il offre un territoire en off-shore et se satisfait des emplois créés. Ce n’est pas notre cas. L’important dans un IDE n’est pas de le faire venir à n’importe quel prix, mais de se poser la question de savoir sur 100 dollars de valeur ajoutée produits, combien en restera chez moi et quel est la part transférée sous diverses formes.
Qu’en est-il de l’industrie textile?
Notre stratégie industrielle favorise la construction de pôles industriels autour de filières structurantes qui incubent des grappes de PME tout autour. Nous avons inauguré une dizaine de pôles en 2015: industrie mécanique, électronique et électrique, automobile, matériaux de construction, pharmaceutique, sidérurgie et métallurgie, mines et agro-industrie. Le pôle textile est localisé dans la wilaya de Relizane.
Les contrats ont été signés pour un mégacomplexe textile intégré avec un partenaire turc «Taypa» qui produit pour les grandes marques mondiales. Ce complexe générera 10.000 emplois directs et exportera 40% de sa production. Dans quelques semaines, nous irons poser la première pierre. Nous avons même stimulé un cluster de l’industrie numérique. Grâce à ces investissements de taille critique, nous boosterons la compétitivité de notre industrie et favoriserons l’émergence d’une masse critique de compétences qui seront en mesure d’aller vers les gisements d’innovation. Plus nous sommes dans l’innovation; plus nous protégerons notre industrie car elle offrira des productions de qualité difficilement substituables. Le projet de loi sur la normalisation va dans cette direction.
Vous préparez un nouveau Code des investissements susceptible, dites-vous, de booster l’investissement. Quels en sont les principaux axes?
Le prochain Code des investissements est un texte de seconde génération qui épouse la nouvelle politique économique du pays et qui permettra une stabilité, une transparence et une lisibilité du cadre juridique régissant l’investissement. Le nouveau code s’appuie sur trois axes fondamentaux: l’ajustement du cadre de régulation de l’IDE; la mise en adéquation entre le système d’incitations et la politique économique et enfin la révision du dispositif institutionnel.
Le système d’incitations est reconstruit autour de deux orientations que sont la modulation des avantages en fonction de la politique économique du pays et la simplification et l’accélération des procédures. Il est tout de même anormal qu’une salle des fêtes puisse bénéficier des mêmes avantages qu’un industriel! Le projet de loi vise ainsi la mise en place d’une nouvelle architecture du système d’incitations avec trois niveaux différenciés. Le premier niveau relève des dispositions communes s’adressant à tous les investissements localisés en dehors des Hauts-Plateaux et du Sud pour leur accorder un minimum commun d’avantages.
Le second palier concerne des dispositions spéciales à caractère sectoriel prévoyant des avantages additionnels propres (législations sectorielles) aux investissements réalisés dans les activités entrant dans le cadre du secteur concerné ou dans les zones de développement. Le dernier niveau regroupe les avantages susceptibles d’être accordés, par voie de convention, aux projets présentant un intérêt pour l’économie nationale.
Enfin, les organes chargés de l’investissement, notamment l’Andi et le CNI, font l’objet d’un réaménagement de leurs attributions. L’idée est d’ériger l’Andi en pôle spécialisé d’aide à l’investissement et d’accompagnement de l’entreprise et non plus un gestionnaire des avantages, ce qui au demeurant n’a jamais été son rôle. L’administration se retire de la gestion des avantages qui sont octroyés par la force de la loi.
Le secteur des mines vous est rattaché. Pour quelles ambitions?
Aujourd’hui, ce secteur génère une faible plus-value. C’est inadmissible au regard de notre potentiel. Nous avons l’avantage de disposer à la fois du minerai et du gaz, ce sont des atouts que nul autre pays dans la région n’offre et nous sommes décidés à valoriser toutes nos ressources naturelles minérales autant pour les besoins de l’industrie nationale que pour l’exportation. L’exportation à l’état brut des minerais doit cesser.D’ici 2017, nous espérons doubler la valeur ajoutée créée par le secteur des mines. Les mines sont l’exemple type du secteur qui s’inscrit par excellence dans la politique d’import-substitution et de promotion des exportations hors hydrocarbures. Ce secteur se met progressivement dans la dynamique industrielle pour satisfaire les besoins du marché national en substances minérales. Nous projetons à court terme d’endiguer les importations de minéraux industriels que nous pouvons produire localement. Nous pouvons réduire la facture-imports d’un demi-milliard USD/an en augmentant la production nationale par le lancement d’industries de valorisation et en identifiant de nouvelles ressources minérales. Je vous annonce que cette semaine, nous rouvrons les adjudications de gisements relevant du régime des mines et du régime des carrières pour la production de substances minérales destinées pour les industries et les matériaux de construction.
Sur le plan de l’action, une grande étude exploratoire pour mettre à jour les indices des minerais dans le sud du pays a été lancée avec l’assistance d’une expertise internationale. Elle nous permettra de connaître le véritable potentiel minier pour affiner les axes de valorisation. Nous lançons aussi quatre grandes plates-formes à Tébessa, Souk-Ahras et Skikda pour la valorisation du phosphate. Nous avons annoncé dernièrement un de ces trois projets qui sera concrétisé en 2016. C’est un investissement de plus d’un demi-milliard de dollars US. Nous discutons avec des acteurs internationaux majeurs pour des partenariats similaires. Nous espérons aboutir avant fin janvier 2016. Pour le phosphate, notre objectif est d’atteindre les 10 millions de tonnes/an d’ici 2020 valorisé sous diverses formes: aliments du bétail et engrais phosphatés. Il y a aussi le manganèse, la baryte, le vanadium, les terres rares, les métaux rares, le marbre, l’or et les pierres précieuses, le sel, le zinc, la bentonite, le feldspath, le minerai de fer de Gara Djbilet qui se révèle, après un traitement approprié, d’une grande qualité marchande puisque les récentes études en phase laboratoire ont permis de baisser la teneur en phosphore à 0,03%.C’est un vaste chantier.
Les partis de l’opposition vous ont dans leur viseur et vous accusent de travailler pour le compte de ce qu’ils appellent l’oligarchie. Ce discours a-t-il un impact sur l’action de votre ministère en direction des hommes d’affaires algériens et étrangers?
Zéro impact. Les entrepreneurs sont des gens qui ont une carapace solide et savent où sont leurs intérêts. Le ministère de l’Industrie et des Mines est pour moi la maison de l’entreprise qui doit accueillir tout le monde. Je rencontre régulièrement toutes les organisations patronales, que ce soit à ma demande ou à leur initiative.
Ce sont nos partenaires dans le dialogue social et cosignataires du Pacte économique et social pour la croissance. Toutes les organisations sont présentes dans les différents comités comme celui de l’amélioration du climat des affaires ou du suivi de l’application du pacte. Récemment, j’ai lancé un cycle de rencontres mensuelles avec toutes les organisations. C’est important de palper le vrai pouls des mesures prises. Nous discutons en toute franchise. Les documents que nous transmettent le patronat et l’ugta sont étudiés avec sérieux et pris en considération. Maintenant, il y a des organisations qui produisent de la réflexion et des propositions et d’autres qui se contentent des rencontres formelles en tripartite. Chacun sa méthode. Moi, je travaille avec tout le monde.
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